Ouagadougou : Retour sur l’intégralité de l’interview du Ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Mikaïlou Sidibé à notre rédaction

Rédaction : Monsieur le Ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Mikaïlou Sidibé depuis votre nomination, quel bilan global pouvez-vous dresser de votre action à la tête du ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat ? Quels étaient les défis les plus urgents que vous avez identifiés en prenant vos fonctions, et comment les avez-vous abordés ?

MUH : En termes de bilan, nous avons de réels motifs de satisfaction en ce sens que malgré la crise sécuritaire que nous traversons et le peu de moyens dont nous disposons, nous avons pu engager d’importants chantiers. Globalement le bilan est satisfaisant. Le secteur avait besoin de réformes afin de l’assainir et nous les avons courageusement engagés afin de nous permettre de passer à l’action.

A notre arrivée à la tête de ce département, en septembre 2022, les attentes étaient nombreuses : construire suffisamment des logements décents au profit des populations, encadrer l’activité de promotion immobilière qui portait en elle les germes de ce que beaucoup qualifiaient de bombe foncière, renforcer le réseau d’assainissement dans les grandes villes, résorber les zones d’habitat spontané, apurer le passif du foncier urbain, etc

Parmi ces priorités, la plus urgente était le recadrage de l’activité de promotion immobilière pour, non seulement stopper l’accaparement des terres, surtout rurales mais aussi parce que la construction effective des logements en dépendait. Le premier chantier important a été donc la relecture de la loi portant promotion immobilière et l’adoption de ses décrets d’application pour lesquelles mon département a été félicité. Mais cela a été possible justement possible parce que beaucoup d’acteurs, même en milieu rural ont aussi pris conscience du danger qui nous guettait en termes de crise sociale.

‎Rédaction : Le Burkina Faso fait face à une urbanisation rapide et à des pressions foncières croissantes. Quelle est votre vision pour un urbanisme résilient, durable et inclusif ? Comment cette vision s’inscrit-elle dans le cadre des Objectifs de Développement Durable (ODD) et des priorités du Président Ibrahim Traoré comme la souveraineté et la sécurité ?

MUH : La question du foncier est au cœur des actions que nous engageons. L’adoption en juin 2023 de la loi portant promotion immobilière a permis de mettre fin à l’accaparement des terres et de préserver le foncier. Mieux, elle limite raisonnablement les dimensions des terrains accordés aux projets immobiliers.

Du reste, la rationalisation de l’espace est devenue un impératif pour les acteurs qui interviennent dans le foncier. C’est pourquoi, dans notre politique de construction de logements, nous mettons l’accent sur la densification pour justement rationnaliser l’utilisation de l’espace et faciliter l’accès des populations aux équipements collectifs.

Par ailleurs, nous avons adopté le référentiel de programmation urbaine pour éviter l’étalement urbain et répondre aux besoins des populations en matière d’équipements urbains. Ce référentiel fixe par avance, dans les aménagements à usage d’habitation au Burkina Faso, la superficie des espaces réservés pour les équipements urbains, la distance à parcourir pour accéder aux équipements et la population à desservir par chaque type d’équipement…

Aussi, en adoptant le nouveau code de l’urbanisme et de la construction, nous avons voulu assurer une meilleure cohérence entre les politiques d’aménagement, d’habitat et de construction ; renforcer la gouvernance urbaine et la sécurité des constructions ; améliorer le cadre de vie des populations et contribuer à la transition énergétique et écologique du secteur du bâtiment.

Nous tenons également, à travers la stratégie nationale de reconfiguration urbaine (SNRU), adoptée au cours de l’année 2025, relever les défis liés, entre autres, à la maitrise de l’évolution spatiale, au renforcement de la gouvernance urbaine, à l’amélioration de l’accès aux logements décents, mais aussi au renforcement de la sécurité des centres urbains.

C’est donc dire que nous avons cette ambition de faire de nos villes des cadres de vie décents et sécurisés, sur des espaces régulièrement et rationnellement aménagées où les populations ont accès aux logements décents et aux équipements urbains. Ce qui s’inscrit en droite ligne des objectifs de développement durable.

‎Rédaction :  Pouvez-vous nous présenter quelques réalisations emblématiques de votre ministère depuis votre arrivée ? Par exemple, des projets de logements sociaux, des aménagements urbains, ou des réformes réglementaires. Avez-vous des chiffres ou des indicateurs pour mesurer l’impact de ces projets ?

MUH : Depuis mon arrivée, mon département a engagé de nombreux chantiers. Il y a notamment le chantier de la construction de logements. Un programme de 50 000 logements sur la période 2024-2028, dénommé « Burukina Faso deenw ka soow» a vu le jour. A ce jour, nous sommes à près de 2000 logements construits, prenant en compte le relogement des personnes déplacées internes (PDI).

La promotion immobilière est désormais bien règlementée et propice à la construction de logements. Des projets de construction nous parviennent régulièrement et la dynamique est bel et bien lancée.

Pour ce qui est de la gestion du passif du foncier urbain issu des lotissements, un programme dénommé Programme de restructuration des zones d’habitat spontané et d’apurement du passif du foncier urbain (PRO-REST-APUR) a vu le jour et le processus d’apurement évolue de façon satisfaisante. Il y a, entre autres, le Relais cité de Saponé qui a été résolu, celui de Dapelgo qui est pratiquement réglé et celui du secteur 23 de Bobo-Dioulasso dont le bout du tunnel n’est plus loin.

Je n’oublie pas le cas du quartier Bassinko de Ouagadougou où le titre foncier global a été obtenu, permettant d’entamer l’octroi des titres individuels.

Autre passif dont nous avons courageusement fait face, c’est celui issu de la promotion immobilière privée. En effet, nous avons à ce titre, obtenu un décret portant régularisation technique à titre exceptionnel de 127 sites de promotion immobilière appartenant à 49 promoteurs immobiliers. Ainsi, ce sont environ 183 mille parcelles qui pourront bénéficier d’attestations d’attribution provisoires ou de permis urbain d’habiter.

Au-delà de ces chantiers, il ya la question de l’assainissement dont l’évacuation des eaux pluviales. A ce niveau, la mise en œuvre de la phase 3 du Projet de renforcement du réseau d’assainissement des eaux pluviales de la ville de Ouagadougou (PRAVO) a permis de réduire les inondations dans les zones situées particulièrement en aval du dalot de An Nayélé et son lot de destructions d’habitations, de déplacements des populations sinistrées pendant chaque saison pluvieuse et des pertes en vies humaines. Sans oublier l’amélioration du cadre de vie et la valorisation des parcelles dans cette zone jadis inondable.

Il y a bien entendu plusieurs autres actions qui ont été engagées au sein de mon département notamment en termes de réformes. Il y a la très récente Stratégie nationale de reconfiguration urbaine nationale (SNRU) dont l’objectif est d’apporter des solutions de résilience d’inclusivité et de durabilité à nos villes face aux attaques terroristes. A ce jour, la région des Koulsé dispose de plan opérationnel avec le choix de la commune de Pissila comme localité pilote.

On note également l’adoption du Code de l’urbanisme et de la construction pour tenir compte des différentes mutations intervenues dans le secteur depuis pratiquement une vingtaine d’années ; la loi portant profession d’architecte ; la dématérialisation des procédures administratives du ministère ; la contribution du ministère à l’informatisation du cadastre foncier national ; la mise en place du Fonds National pour les Aménagements Urbains et le Logement (FONAUL) et de l’Observatoire urbain national du Burkina Faso (OUN-BF)…

‎Redaction : L’habitat précaire et les constructions non réglementaires restent un enjeu majeur dans les villes burkinabè. Quelles mesures concrètes votre ministère a-t-il mises en place pour y remédier ? Quels résultats tangibles pouvez-vous partager ? Comment gérez-vous les tensions entre régularisation des constructions existantes et respect des normes d’urbanisme ?

MUH : La question de l’habitat précaire figure au cœur de nos actions. Le Programme de restructuration des zones d’habitat spontané et d’apurement du passif du foncier urbain (PRO-REST-APUR) prévoit la résorption de ces zones dites non loties.

Il s’agit d’organiser l’habitat spontané en aménageant voiries, équipements (écoles, santé, eau, électricité) pour créer des cadres de vie décents et permettre aux résidents d’avoir accès aux équipements urbains.

La dynamique est déjà lancée avec l’installation officielle de l’unité de gestion du programme.

Des sites pilotes (Arrondissement 7 de Ouagadougou et arrondissement 5 de Bobo-Dioulasso) ont été identifiés et des concertations avec l’ensemble des acteurs au niveau des deux arrondissements ont été engagées. Les acteurs locaux se sont appropriés le projet et travaillent de concert avec les populations concernés pour sa mise en œuvre effective.

Pour ce qui est de la régularisation des constructions existantes, il faut noter que sous l’impulsion du gouvernement, il y a une première phase de régularisation comme mentionné plus haut concernant 127 sites de 49 promoteurs sur la base de critères d’appréciations en termes de constructions et d’équipements.

Rédaction : L’accès au logement est un droit fondamental, mais reste difficile pour de nombreux Burkinabè. Quelles initiatives avez-vous lancées pour faciliter l’accès au logement social et abordable pour les burkinabè ? Aussi, combien de logements sociaux ont été construits ou sont en cours de construction sous votre mandat ?

Réponses contenues dans la question 3.

Rédaction : Comment votre ministère s’articule avec des initiatives présidentielles comme Faso Mêbo ou les politiques du MPSR sous l’impulsion du Capitaine Ibrahim Traoré, Président du Faso ?

MUH : Les actions du ministère s’inscrivent naturellement dans la vision du chef de l’Etat en ce sens que le ministre de l’urbanisme que je suis agis conformément au contrat d’objectifs que je recois du chef du gouvernement.

Quant à l’initiative Faso Mêbo, elle vient apporter, sous l’impulsion du président du Faso, un coup de pouce aux chantiers d’urbanisation de nos villes. Elle s’inscrit dans une logique d’accompagnement des efforts du gouvernement en termes d’urbanisation de nos villes et d’amélioration du cadre de vie des populations

Rédaction : Les questions de reboisement, de canalisation, de gestion des déchets, et d’adaptation au changement climatique sont centrales dans l’urbanisme. Comment votre ministère intègre-t-il ces enjeux dans ces projets?

MUH : Le ministère a entrepris de nombreuses réformes institutionnelles qui tiennent compte de ces aspects, le nouveau Code de l’urbanisme et de la construction, la nouvelle Stratégie de développement des villes et du logement (SNViL) et bien d’autres documents de planification accordent une place importante à ces questions.

‎Redaction : Quels sont les projets prioritaires que vous prévoyez de lancer et comment s’inscrivent-ils dans une feuille de route à moyen et long terme pour le Burkina Faso ?

MUH : Les priorités de mon département sont relatives à la construction de logements décents au profit des populations, l’apurement du passif foncier des lotissements et la poursuite du processus de restructuration des zones d’habitat spontané afin de les intégrer au tissu urbain planifié. La mise en œuvre de ces projets demande non seulement d’importants moyens financiers pour ce qui est notamment de la construction de logements et la restructuration des habitats spontanés mais aussi du temps pour ne pas commettre des erreurs dans la prise de décisions pour ce qui est de la question de l’apurement. Il faut donc éviter toute précipitation afin de s’assurer les résultats sont fiables.

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